Histoire papale et syndicale
Il est certain que la présence des Souverains Pontifiés à Avignon et Châteauneuf-du-Pape de 1309 à 1376 a contribué à faire connaître le vignoble Castelpapal. L’ancien évêque d’Avignon, Jacques d’Euze, Cardinal-Archevêque de Porto est élu Pape en 1316 ; devenu Jean XXII, il planta vignes et oliviers à Châteauneuf, ce qui fait dire qu’il est vraiment à l’origine de notre vignoble.
Les comptes de la Chambre Apostolique font mention, dès 1320, du « transport régulier de tonneaux pleins de vin, transportés de Châteauneuf au Palais d’Avignon ». Ces tonneaux appelés « Botae » et que les provençaux, par la suite appelèrent « Boute », apportaient le vin de Châteauneuf pour arroser le gibier et la venaison de la table pontificale. La récolte annuelle du vignoble Papal de Châteauneuf était de six « boutes ».
Le vignoble était enclos dans un mur, dont subsistent encore aujourd’hui les ruines.
En 1333, à l’entour du « Château Neuf » s’étendaient vingt « salmées » de terre, soit une dizaine d’hectares. Après la mort de Jean XXII, en 1334, le Château fut délaissé, la vigne également, les Papes restant en Avignon à cause de l’insécurité provenant des bandes de pillards qui parcouraient la France à cette époque. Les comptes des « Chambres Apostoliques » disent qu’en 1360, Innocent VI fait venir du vin de Châteauneuf-Calcernier (nom de Châteauneuf-du-Pape à l’époque), mais c’était du vin blanc.
En 1361, il en fait venir de nouveau, mais cette fois-ci, c’est du vin rouge, et qui provient du propre cellier du Pape. En 1378 éclatait le grand schisme d’Occident et les Antipapes régnèrent en Avignon. Ce fut l’un d’eux, Pierre de Luna, l’Aragonais, antipape sous le nom de Benoit XIII, qui revint à Châteauneuf vers 1396. Le Château, déjà réparé sous Innocent VI, le fut à nouveau et sans doute la vigne replantée ou remise en état.
Les vins de Châteauneuf-du-Pape étaient exportés depuis longtemps, déjà Nostradamus notait : « Châteauneuf-du-Pape, lieu qui produit des vins réputés dont plusieurs bateaux vont à Rome ».
Après le départ des Papes, le vignoble partagea les bonnes et les mauvaises périodes : tantôt plein de vie, tantôt dévasté ou délaissé par les paysans décimés par la famine, la peste ou les guerres.
Il faut arriver au XVIIème siècle pour retrouver des documents se rapportant à la viticulture. Le développement du commerce des vins de Châteauneuf s’est traduit par l’extension de son vignoble et l’augmentation de sa population. Châteauneuf possédait 550 habitants vers 1700, 1000 vers 1820 et 1450 vers 1850.
En 1808, le vignoble de Châteauneuf comprend une quarantaine d’hectares. En 1850, la réputation de Châteauneuf-du-Pape n’avait cessé de croître.
Le commerce du vin se faisait principalement par voie fluviale et les pièces de 270 litres, appelées « tambour » recouvertes de « pantalone » remontaient le Rhône sur Chalands.
En 1866, lorsque le phylloxéra fit son apparition, le vignoble s’étendait sur 600 hectares, huit ans plus tard, en 1873, il était entièrement dévasté. Pendant la crise, la vigne fut généralement remplacée par des arbres fruitiers, amandiers, cerisiers, abricotiers, oliviers. Ce ne fut qu’en 1878 que le greffage de plants français sur des plants américains, résistant au phylloxéra, put permettre de reconstituer le vignoble, le grenache devint favori. En 1890, le vignoble de Châteauneuf avait presque repris toute son importance. À cette époque, les vins étaient essentiellement vendus en gros, mais quelques rares propriétaires tentèrent de commercialiser leur vin en bouteilles.
Le 13 avril 1911, la première commission pour la classification du crû de Châteauneuf-du-Pape se réunit à la mairie de ce lieu sous la présidence de Monsieur Paul Avril (mon arrière grand-père). En 1913, le vignoble de Châteauneuf-du-Pape comptait 860 hectares et produisait 16 000 hectolitres.
En 1914, la guerre vint porter une nouvelle atteinte à la progression du crû ; le manque subit de main-d’œuvre, de matériel et d’ingrédients pour les soins de la vigne, l’absence de la presque totalité des chefs de famille, furent les causes principales du déclin et de l’anémie générale du vignoble. Les femmes de viticulteurs mobilisés, assurèrent durant les hostilités, l’entretien de leurs vignes.
Dès 1920, les plantations recommencèrent. En 1932, la commune de Châteauneuf-du-Pape comporte 980 hectares de vignes et 1300 dans le périmètre délimité.
En 1923, sous l’autorité du Baron Le Roy entouré de quelques vignerons, (dont Paul Avril, mon arrière grand-père, et Régis Avril, mon grand-père) ils obtiennent des tribunaux une réglementation qui passa dans la législation nationale.
Le « Syndicat des propriétaires-viticulteurs de Châteauneuf-du-Pape pour la défense de l’Appellation d’Origine » dut soutenir une lutte ardue pendant 10 années pour sauver le glorieux patrimoine.
Le Syndicat entama, immédiatement, la délimitation judiciaire de l’Appellation qu’il entendait défendre. Le procès qui dura 10 ans a motivé trois décisions en première instance et deux en Cour d’appel.
En 1933, la Cour de cassation donna satisfaction au Syndicat.
Aussi, lorsqu’en 1935 fut institué le régime des Appellations Contrôlées, rien ne fut changé à ce que les Castelpapals avaient établis dès 1923; ce sont les autres régions de France, qui ont adopté une discipline et une politique de qualité dont ils avaient donné le premier exemple.


